Fabienne Gillonnier présente ses travaux relatifs à la représentation et à la spécificité de la femme dans le sport.
Il s’agit de la présentation d’une série de témoignage d’athlètes engagées dans la pratique compétitive de haut niveau ou l’ayant quitté depuis peu.
Des entretiens semi-directifs ont permis de faire un état des lieux des faits et des ressentis de ces athlètes.
C’est l’occasion d’ouvrir le débat sur la prise en charge des filles dans le domaine sportif. Le cadre théorique proposé pour l’interprétation des données est celui de la sociologie et des rapports sociaux de sexe, qui attirent l'attention sur la construction sociale des catégorie de sexe , sur les rapports sociaux et les rapports de pouvoir qui font des êtres mâles et femelles, des hommes et des femmes dans une société donnée.
De ce cadre général s’engage ensuite une discussion sur les aspects particuliers du ski de fond féminin en ski de fond. Ces échanges de points de vue sont liés à l’expérience de chacun. Le contenu ci-dessous retrace les grandes lignes des débats.
Les questions posées sont :
• Pourquoi une telle baisse des effectifs à partir de cadettes ?
• Pourquoi des résultats internationaux modestes ?
• Comment motiver les jeunes filles à rester dans le ski de Fond ?
• Comment adapter les contenus ?
Le constat de l’entraînement en commun filles et garçons peut expliquer une sorte de rejet des filles pour l’entraînement. Elles l’assimilent souvent à effort trop intense. Elles se sentent pas prises en compte dans le choix de la séance. Sans compter qu’elles prennent conscience plus tôt que les garçons de la notion de danger. Elles prennent donc moins de risque et s’engagent moins dans les situations proposées.
Pour autant sur le plan physiologique jusqu’en minimes les différences de performances entre filles et garçons n’existent pas. Cela vaut aussi pour le ski alpin. C’est à partir de la catégorie « cadet » que les différences apparaissent. L’entraîneur doit forcément tenir compte des évolutions des skieuses en :
• Veillant à adapter les allures d’entraînement. Ca vaut aussi pour l’échauffement et la récupération.
• Prenant en compte la sensibilité féminine qui fait que les adolescentes sont très sensibles au langage non verbal et échafaudent facilement des scénarii qui peuvent être perturbants.
• Prenant en compte une certaine instabilité d’humeur qui se traduit par des variations dans les réactions
• Choisissant bien son vocabulaire pour que les mots ne deviennent pas des maux !
• Se rappelant que les filles s’attachent aux détails et à la manière de réussir une tâche, plus qu’au résultat lui-même.
Evidemment la personnalité de l’entraîneur joue un grand rôle dans la nature des relations. Mieux vaut une femme pour entraîner des filles ou avec un entraîneur homme les filles progresseront-elles mieux ? Le Comité de Ski de Savoie a la spécificité d’avoir un duo Homme / femme pour entraîner les groupes du Comité alors qu’en est il ?
• Il existe une vraie complémentarité entre les deux entraîneurs
• C’est une vraie chance pour les athlètes qui peuvent aller vers l’un ou l’autre en fonction du prisme à travers lequel il ou elle regarde l’entraînement ou la compétition.
• Les filles peuvent trouver avantage à se confier sur l’extra sportif à l’entraîneur homme. En tous cas de la discussion il ressort que c’est un véritable atout d’avoir un tandem mixte d’entraîneurs.
• De plus des entraînements mixtes sont organisés ou les filles, grâce à leur rigueur, font progresser les garçons. De la même façon les garçons peuvent aider les filles dans leur engagement et leur prise de risque.
• En résumé : une vraie valeur ajoutée.
Et fait ensuite état du manque de formation en coaching et psychologie dans les cursus de formation. Si la psychologie féminine à ses particularités, celle des garçons en possède aussi. Les domaines des motivations, de la concentration, de la gestion du stress etc … C’est finalement l’ensemble du champ des relations qui n’est pas suffisamment pris en compte. Trop centré sur le contenu l’entraîneur oubli souvent que le contenant (l’emballage, la forme) compte tout autant.
Enrayer la chute des effectifs est ce qui préoccupe les entraîneurs. Une des réponses est sans doute le souci d’excellence souvent plus marqué chez les filles que les garçons. Si des mauvais résultats s’accumulent les filles ont tendances à « lâcher » et à partir vers d’autres projets comme leurs études ou tout simplement leur vie de femme. D’autant que la transformation morphologique de leur corps liée à l’entraînement entrainent parfois une augmentation su volume musculaire. Ces transformations les renvoient à des questionnements vis-à-vis de leur féminité. De plus l’univers de la performance sportive valorise des qualités masculines.
Ce rajoute à cela l’interrogation qui consiste à dire : est ce qu’une fille doit elle devenir comme un homme pour gagner ? La compétition n’est elle pas l’apanage de valeurs reconnues comme étant masculines comme le combat et la force.
Cependant des études montrent qu’en France la chute des effectifs se retrouve dans tous les sports. Il serait intéressant de savoir comment cela se passe à l’étranger.
Finalement ces échanges de points de vue permettent une prise de conscience des certaines particularités des femmes au regard du sport (pratique sportive, compétition, entraîneur). On peut pointer :
• Des différences par rapport aux objectifs où les garçons sont principalement intéressés par la confrontation directe alors que les filles se centrent davantage sur des objectifs de mise en œuvre avec une certaine décentration par rapport au résultat
• Les filles ont une forte attente par rapport aux consignes. Elles sont très attachées au respect de se que demande l’entraîneur
• Les filles ont besoin d’une grande qualité d’écoute et ont besoin d’être écoutées. La nature des relations avec l’entraîneur conditionne la progression et le résultat.
Il ressort d’un tour de table final :
• La nécessité de respecter les athlètes et particulièrement les filles qui sont souvent aux prises avec des transformations physiques dues à l’entraînement.
• Le problème de la chute des effectifs est finalement complexe car multifactoriel.
• Les difficultés de positionnement à l’adolescence sont sociétales et pas uniquement liées au sport et en particulier au ski de fond.
• Qu’il ne faut pas rester au niveau du débat. Il y a nécessité d’une remise en question des façons de faire et d’agir, de proposer des actions novatrices.
• L’intérêt de poursuivre ce genre d’échanges qui doit déboucher sur des actions.
• Qu’il s’agit de transformer peu à peu la perception de la femme dans le sport et que cette transformation sera lente.
• Le besoin d’un état des lieux en donnant la parole aux intéressées elles mêmes.
Le prolongement du débat pourrait se faire sur :
1) Interviews des athlètes filles qui gagnent en coupe du monde. De préférences des nations étrangères et dans des sports autres que le ski.
2) Des références scientifiques sport féminin réinvestissables le lendemain matin sur le terrain.
4) Des apprentissages techniques différents hommes, dames ?
5) Charge de travail et femmes. Des particularités ?
6) Coaching et féminité. Coaching de filles ou pour les filles. |